Dans l’article précédent, je donnais trois méthodes pour se caler sur la distance hyperfocale
- Première approche, la moins pratique. Faire le calcul via une application sur Smartphone, et ensuite, régler l’optique sur la distance calculée. Peu pratique, parce que d’une part, cela nécessite d’utiliser une application, et d’autre part, il faut être capable de faire la mise au point sur une distance précise. Sans le marquage nécessaire sur l’optique, cette opération est impossible,
- Seconde approche, la plus simple. Si vous disposez d’une optique « manuelle », elle dispose probablement des marquages nécessaires. Dans ce cas, le réglage est rapide et précis : Vous tournez la molette de mise au point afin d’aligner le sigle ∞ / infini avec le chiffre correspondant à votre ouverture, et … c’est fini,
- Troisième approche, la plus fastidieuse. Il faut prendre une photo en visant l’infini. Repérer le premier objet net sur la photo prise (en zoomant), puis faire la mise au point sur cet objet, avant de passer en mode manuel.
La quatrième méthode
J’ai découvert une quatrième méthode, grâce à l’article Recherche hyperfocale & Mise au point infini sur les Fuji X , sur le site Les Guides Fuji .
Le paramétrage
Elle est disponible sur le boîtier Fuji X-T5, qui propose une version électronique des échelles de distance. Cela permet de se placer à la distance hyperfocale, même si l’optique ne dispose pas des graduations nécessaires.
Avant de passer à la configuration, il faut d’abord modifier quelques paramètres
- Paramétrer l’échelle de profondeur de champ


- Afficher les outils de mesure. Pour voir ce que vous faites, vous devez afficher l’échelle de distance



Le réglage sur l’hyperfocale
Le boîtier est prêt. Pour se caler sur la distance hyperfocale, il faut
- Commutez l’optique sur le mode manuel,

- Choisir une ouverture, par exemple f/11,
- Tournez la bague de mise au point. Vous verrez alors, une barre bleue évoluer en fonction des mouvements que vous effectuez.
- La barre bleue indique la zone nette (du premier au dernier plan),
- La barre blanche indique la distance de mise au point.

- Tournez la bague de mise au point jusqu’à ce que le côté droit de la barre bleue atteigne l’infini

- C’est fini, nous sommes à l’hyperfocale, et la barre bleue nous indique la zone nette qui s’étend d’un peu plus de 5 mètres jusqu’à l’infini.
Explication
La barre bleue indique la zone de netteté. Nous savons que si nous nous plaçons à la distance hyperfocale, alors cette zone de netteté s’étend jusqu’à l’infini. Nous utilisons donc la réciproque : si nous plaçons le bord droit de la zone bleue au niveau de l’infini, alors nous sommes à l’hyperfocale. Sur la figure 8, le trait blanc représente la distance hyperfocale proprement dite (H), et le bord gauche de la zone bleue représente la demi-hyperfocale (H/2).
Ecart avec la théorie
L’article aurait pu s’arrêter là, si je n’avais pas vérifié les informations fournies par le boîtier. Sur la figure 8, la zone de netteté démarre à environ 6 mètres, cela veut dire que la distance hyperfocale est d’environ 12 mètres.
Rappelons les paramètres : le capteur est un APS-C, la focale est de 23mm, et l’ouverture est à f/11. Un petit tour sur DOFMaster me donne les résultats suivants :
| Cercle de confusion | Hyperfocale (H) | Demi-hyperfocale (H/2) | |
|---|---|---|---|
| Standard APS-C | 0,019mm | 2,48m | 1,24m |
Il y a un gros écart entre ce qu’indique le boîtier et les calculs théoriques. En fouillant un peu, j’ai compris que l’écart vient du paramètre AF/MF > Échelle prof. champ :
- En sélectionnant Pixel, l’appareil calcule la zone de netteté, de façon à garantir un très bon piqué sur toute la zone. Il utilise pour cela, un cercle de confusion inférieur à 0,010mm,
- En sélectionnant Film, le boîtier utilise un cercle de confusion plus classique, ce qui étend la zone de netteté. Mais dans ce cas, nous retrouvons le concept de netteté « acceptable » sur les objets les plus proches.


En modifiant le paramètre, et en refaisant l’exercice, nous obtenons bien une cohérence entre le réglage et les calculs théoriques.
Utilisation
Cette fonction change les conclusions de l’article précédent. Mon propos consistait à dire qu’avec les optiques modernes, sans marquage de l’échelle de distance, il était impossible d’avoir un réglage suffisamment précis pour rendre l’hyperfocale efficace.
Mais, avec cette fonctionnalité, nous retrouvons une version virtuelle de cette échelle de distance, qui elle fonctionne quelle que soit l’optique,
- Optique manuelle, avec ou sans marquage,
- Optique AF commutée en MF.
Optique manuelle (MF)
En mode « Manual Focus » (MF), les paramètres effectués précédemment suffisent. En réalisant l’opération montrée plus haut, nous nous assurons d’une zone de netteté maximum.
Optiques AF, et ajustement de l’autofocus
Sur le Fuji X-T5, en mode AF-C, ou AF-S, si l’option AF+MF n’est pas activée, faire bouger la bague de mise au point, n’a aucun effet sur la mise au point. Au contraire, si cette option est activée, l’autofocus est actif, mais nous pouvons effectuer des ajustements manuels.

Si nous avons activé Témoin distance AF dans le menu Config. écran > Aff. Regl. Perso, nous pouvons visualiser la zone de netteté définie par l’autofocus (figure 13)

Donc, en photo de paysage, par exemple, nous pouvons
- Démarrer avec l’autofocus, et juger de la zone de netteté,
- puis ajuster l’ouverture si la profondeur de champ n’est pas satisfaisante,
- Mais nous pouvons également ajuster manuellement la mise au point pour caler la zone de netteté à droite, et voir si l’hyperfocale apporte quelque chose,
- Si elle ne convient pas, il suffit de ré-appuyer sur le déclencheur à mi-course pour que l’autofocus reviennent à la mise au point initiale.
Conclusion
A ma connaissance, les fonctionnalités décrites dans cet article, n’existent que chez Fuji. Les autres marques proposent des dispositifs moins « dynamiques ».
Avec l’apparition de l’autofocus, et ses évolutions constantes, les constructeurs ont fait disparaître le marquage des distances sur nos optiques. Nous avons donc perdu notre capacité à faire des mises au point manuelles précises, ce qui, dans la plupart des cas, ne représentait pas un inconvénient majeur. Aussi performants qu’ils soient, nos autofocus ne peuvent pas tout faire, et ils restent encore inefficaces dans un certain nombre de cas.
Mais paradoxalement, plus nos boîtiers montent en puissance de calcul, plus les assistances pour la mise au point manuelle sont efficaces. L’affichage en temps réel de la profondeur de champ, sur le X-T5, en est un bon exemple. Ces fonctions permettent de corriger les petits défauts de nos autofocus, et autorisent l’emploi d’optiques manuelles, y compris anciennes.
Je rappelle cependant que, malgré mes deux articles sur l’hyperfocale, cette technique n’est utile que dans de très rares cas :
- Si vous souhaitez (re)venir à des boîtiers argentiques sans autofocus,
- Si vous utilisez des optiques manuelles,
- Si, avec des boîtiers récents, l’autofocus « patine », ou risque « d’accrocher » les mauvais sujets.